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14/01/2014

"il enseignait en homme qui a autorité"

Toute la première partie de l’évangile de saint Marc est dominée par l’affrontement entre Jésus et le démon. En fait, le conflit était annoncé dès les tout premiers versets de l’évangile : à peine Jésus est-il baptisé et confirmé par le Père comme son Fils bien-aimé, que « l’Esprit le pousse au désert durant quarante jours pour y être tenté par Satan » (Mc 1, 11-13). Voilà donc le motif de la venue du Verbe dans la chair : affronter et vaincre l’antique Ennemi qui tient l’humanité en son pouvoir. Jésus vient de rassembler autour de lui ses premiers disciples, « aussitôt » il se rend avec eux à un rendez-vous : quelqu’un l’attend à la synagogue de Capharnaüm ; ou plutôt Notre-Seigneur s’y rend pour provoquer une confrontation, pour ne pas dire un affrontement. L’autorité de la parole du Maître ne laisse pas indifférent : « on était frappé » en plein cœur. La Parole de Jésus, comme un glaive à deux tranchants, fait la vérité et révèle la présence de l’esprit du mal qui est obligé de se manifester. Entre la lumière et les ténèbres, la conciliation est impossible : « Es-tu venu pour nous perdre ? ». L’« esprit mauvais » ne s’y est pas trompé : il lui a suffi d’entendre quelques mots de l’enseignement de ce Rabbi pour comprendre que ce « Jésus de Nazareth » menace son pouvoir. De plus il a bien perçu que c’est pour le débusquer que Jésus est venu ce matin à la synagogue. Aussi, se sachant visé, il contre-attaque violemment en déclinant l’identité présumée de son adversaire : « Je sais fort bien qui tu es : le Saint, le Saint de Dieu ! » Ce cri trahit le désarroi de l’Ennemi du genre humain en présence du Fils de l’homme, tout rayonnant de la gloire du Verbe. Le père du mensonge en est tellement bouleversé, que dans son trouble il proclame publiquement la vérité ! Celui qui depuis un triste matin de genèse tient les hommes en son pouvoir, pressent bien qu’avec Jésus, il a à faire à un adversaire autrement plus redoutable que le premier Adam ! Derrière le pluriel : « Que nous veux-tu ? », c’est tout le monde des ténèbres qui s’exprime et qui affirme son droit sur l’humanité qui a consenti à ses avances. Evitant le piège dans lequel était tombée la femme au Jardin d’Eden, Jésus refuse tout dialogue avec le Menteur. Il se contente de « l’interpeller vivement » et d’ordonner avec autorité à l’esprit de quitter les lieux : « Silence ! Le temps où tu trompais les hommes par tes mensonges et tes sophismes est révolu. L’Heure de la revanche de Dieu est venue : je suis la lumière du monde devant qui les ténèbres devront reculer ; je suis la vérité devant laquelle toute langue se taira ; je suis le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs devant qui tout genou fléchira. Sors de cet homme que j’ai créé à mon image et à ma ressemblance et dont je veux faire le temple de ma gloire ! » A l’instant même, et sans qu’il puisse opposer la moindre résistance, l’esprit mauvais est littéralement expulsé du malheureux possédé. Les assises du royaume des ténèbres sont ébranlées car « lorsqu’un homme fort et bien armé garde son palais, ses biens sont en sûreté ; mais qu’un plus fort que lui survienne, il lui enlève l’armure en laquelle il se confiait et il distribue ses dépouilles » (Lc 11, 21-22). Nous ne sommes sans doute pas « possédés », Dieu merci ! Mais qui oserait prétendre n’avoir aucune complicité avec « l’Ennemi » ? La Parole toute-puissante du Seigneur nous rejoint aujourd’hui pour prendre autorité sur tout « esprit mauvais » qui nous « tourmente », nous empêchant de vivre dans la cohérence de nos engagements baptismaux. « “Seigneur de l’univers. Devant toi j’épanche mon cœur. Si tu veux bien te pencher sur ton serviteur humilié, te souvenir de moi, ne pas m’oublier et me libérer”, afin que toute ma vie te soit consacrée. Que “ta servante (ton serviteur) trouve grâce devant toi et puisse te servir dans la paix” (cf. 1ère lect.) “en te rendant gloire pour ta victoire” (cf. Ct évangélique) ». Père Joseph-Marie_homélies,.fr

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12/01/2014

Le Baptême de Jésus

La liturgie nous propose aujourd’hui un voyage étonnant. La première lecture s’ouvre en effet sur ce verset d’Isaïe : « voici (…) mon élu en qui j’ai mis toute ma joie », et l’évangile se termine sur cette parole du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour ». Ces deux versets désignent évidemment la même personne, leurs différences nous enseignent le chemin qu’il y a de la prophétie à son accomplissement. Prenons cet itinéraire à son départ. La lecture du livre d’Isaïe nous donne un portrait magnifique du Messie (Isaïe l’appelle le Serviteur). Il est celui que Dieu soutient, celui en qui il a mis toute sa joie. Il est la lumière des nations, il est l’Alliance de Dieu avec son peuple. Tous ces qualificatifs sont très forts. Le Serviteur est quelqu'un dont la vocation concerne tout homme, sa mission répond à l’espérance qui habite le cœurs de tous les hommes ; pour bien montrer cette universalité, Isaïe appelle ces cœurs les « iles lointaines » qui « aspirent à recevoir [les] instructions » du Messie. En chaque homme subsiste l’espérance du salut, le Serviteur est venu la réveiller. À peine avons-nous lu ces quelques versets, que nous prenons la mesure de notre entreprise. Le serviteur n’est pas un personnage qui puisse être envisagé indépendamment de sa mission. Or cette mission coïncide exactement avec le projet de Dieu sur nous. Faire le portrait du Messie annonce la grandeur de l’œuvre de Dieu. Cette vocation est remarquable : « il fera paraître mon jugement en toute fidélité ». Ainsi, en contemplant le Serviteur à l’œuvre, en nous émerveillant de la délicatesse de celui qui n’éteint pas « la mèche qui faiblit » et qui n’écrase pas « le roseau froissé », nous découvrons la délicatesse de l’amour de Dieu envers tout homme, nous découvrons ce projet divin que Dieu appelle « mon jugement ». Voici le jugement de Dieu sur l’humanité : « tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leurs prisons et de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres ». Dieu veut redonner à tout homme sa liberté perdue, il veut tous nous rendre à nouveau capables d’aimer. En effet, saint Pierre l’explique dans la deuxième lecture, « Dieu ne fait pas de différence entre les hommes », car il les regarde en son Fils unique, en Jésus-Christ. « C’est lui, Jésus, qui est le Seigneur de tous » ; c’est lui, Jésus, qui est le Serviteur dont le prophète disait « j’ai fait reposer sur lui mon esprit ». Tel est bien le témoignage que nous livre Jean-Baptiste et que Pierre atteste : « Jésus de Nazareth, Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de sa force ». Par la parole de saint Pierre, l’Église entière atteste qu’elle a vu l’accomplissement de la prophétie en Jésus-Christ. Dans l’Évangile, nous retrouvons donc Jean-Baptiste ; il est là pour accomplir sa propre mission de désigner Jésus comme le Messie. Après avoir entendu son portrait par Isaïe, nous mesurons à quel point l’événement du baptême de Jésus se passe dans l’extrême de l’obéissance et de l’humilité : voici le Sauveur du monde venant demander le baptême que Jean donne pour préparer les hommes à recevoir la grâce du salut. Or il est, lui, celui qui vient réveiller l’espérance du salut dans toutes les îles lointaines que sont nos cœurs isolés dans leurs projets d’autonomie ! Voici donc que lui qui n’a pas péché, se laisse ensevelir dans les eaux du Jourdain, c'est-à-dire dans les eaux de notre mort. Celui dont nous avons entendu qu’il « ne criera pas, [qu’il] ne haussera pas le ton » est bien l’Agneau que l’on reconnaît à sa douceur, l’Agneau que Dieu offre pour la réconciliation, selon la promesse qu’il avait faite à Abraham. Jean Baptiste ne mésestime pas la grandeur de cet événement. Il s’exclame en effet : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c’est toi qui viens à moi ! ». Jean Baptiste cherche ainsi à empêcher Jésus de recevoir le baptême, considérant que c’est lui-même qui a besoin d’être baptisé dans l’Esprit et non Jésus qui devrait se soumettre au rite du baptême de l’eau ! La réponse de Jésus est claire : « laisse-moi faire ». Jésus n’est soumis a aucune nécessité de recevoir ce baptême puisqu’il est sans péché et que sa mission est de ramener les pécheurs. Jésus reçoit le baptême de Jean Baptiste parce qu’il choisit de le faire. Il s’agit d’une humiliation volontaire de celui qui a décidé de se rendre solidaire des hommes. Et il le fait dans l’obéissance : « c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste ». Jésus et Jean doivent accomplir ensemble un dessein divin, qui, « pour le moment », demeure caché, mais qui se dévoilera au fur et à mesure qu’ils le réaliseront. Cette humiliation volontaire et cette obéissance nous apprennent beaucoup sur la manière dont Jésus envisage sa propre mission, sa propre identité. Il vient en effet dans le but d’accomplir les Écritures, c'est-à-dire pour réaliser les prophéties de l’Ancien Testament, notamment celle que nous avons entendue dans la première lecture. Mais en les accomplissant, il les dépasse amplement. Jésus ne réalise pas les prophéties au pied de la lettre (on le lui en demandait pas d’en faire autant), il les réalise d’une manière qui révèle pleinement l’amour de Dieu qui a suscité le projet divin annoncé par la prophétie. C’est ainsi qu’il nous sera possible de passer de la joie, « en lui j’ai mis toute ma joie » rapportait Isaïe, à l’amour paternel de Dieu, « en lui j’ai mis tout mon amour », rapporte saint Matthieu. La joie de Dieu est la joie de celui qui aime et qui ne fait qu’aimer. Ainsi, Jésus fut-il baptisé. Dès qu’il « sortit de l’eau », c'est-à-dire dès qu’il émerge de la mort dans laquelle il s’est volontairement plongé, dès qu’il rend la vie victorieuse sur la mort, mais également, dès qu’il eut franchi les eaux du Jourdain, dès qu’il entra sur la Terre Promise, « voici que les cieux s’ouvrirent ». Jésus est le nouveau Josué qui conduit le peuple de Dieu sur la Terre où Dieu l’attend, il rouvre les portes du paradis. Le monde divin est à nouveau accessible à l’homme. Ainsi l’Esprit Saint est-il donné dans sa plénitude au Messie. Puis Dieu le Père atteste en personne l’identité de son Fils. Lui seul pouvait le faire. La colombe et la voix, qui cite Isaïe, nous expliquent qu’il consacre son Fils dans la plénitude l’Esprit Saint, qu’il remet le monde entre les mains de son serviteur pour qu’il le sauve. La grande attente d’Israël est comblée, l’espérance de tout homme est satisfaite. Un sauveur nous est né, un fils nous est donné. Le temps de Noël ne peut avoir meilleure conclusion que la célébration du baptême du Seigneur. C’est en effet ainsi que nous terminons ce temps liturgique qui est le temps de la révélation de la grâce du salut en Jésus-Christ. Dans la Crèche, nous avons contemplé le Verbe fait chair, à l’Épiphanie nous avons vu la lumière du Christ illuminer les nations, au jour de son baptême, l’œuvre de Dieu se révèle dans sa plénitude : le Père veut sauver tous les hommes et confie à son Fils de leur révéler son amour. Mais ne nous méprenons pas : le temps de Noël ne s’arrête pas sur cet exposé de foi trinitaire. Que Dieu mette tout son amour en Jésus-Christ son fils unique nous enseigne que c’est en son Fils qu’il nous aime. Nous abordons donc le temps ordinaire riches de la révélation que le jugement de Dieu sur les hommes pécheurs consiste à faire d’eux ses enfants d’adoption, des fils dans le Fils. Seigneur Jésus, merci pour le temps de grâce que nous avons vécu avec toi ces dernières semaines. Nous avons vu en toi l’humanité que Dieu enfante, l’homme nouveau que nous sommes appelés à devenir. Nous avons vu briller la lumière de ton salut à la face des nations. Donne-nous de manifester fidèlement le jugement de Dieu pour tout homme : nous sommes devenus enfants de Dieu, fils dans le Fils, animés de la vie divine, envoyés vers nos frères dans la force de l’Esprit. Que ce don précieux transfigure notre temps ordinaire, qu’il soit, à chaque instant, le temps de ta grâce. Frère Dominique - homélies.fr

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04/01/2014

"Voici l'Agneau de Dieu"

Deux disciples, accourus aux rives du Jourdain pour écouter les paroles du dernier des grands prophètes, Jean le Baptiste, se voient indiquer par celui-ci Jésus comme le Messie, l'Agneau de Dieu. Sans dire un mot, les deux hommes quittent leur Maître et sur sa parole, décident de suivre Jésus à distance, presque timides et embarrassés. C’est alors que Jésus se retourne. On devine l'émotion du Seigneur voyant ses premiers disciples venir à lui. Qui étaient-ils ? La suite du texte évangélique nous apprend que l'un d'eux était André, le frère de Simon-Pierre. Le nom du second ne nous est pas donné. Probablement s'agit-il de celui qui sera désigné tout au long de l'Evangile comme « le disciple que Jésus aimait ». Mais peut-être nous sera-t-il plus profitable de ne pas chercher ici à combler le silence sur l’identité de cet homme qui nous permet de pouvoir nous reconnaître en lui. Littéralement, l'Evangile nous dit : « S'étant retourné, Jésus les ayant admirés, suivant, leur dit… ». Jésus admire ces deux hommes qui ont commencé à mettre leurs pas dans les siens : le Fils de Dieu nous contemple, s'émerveille de nous voir engager notre liberté à sa suite… Il est beau et réconfortant de voir combien le Seigneur n’est pas indifférent au pas, aussi timides soient-ils, que nous posons derrière lui. S’étant retourné, Jésus leur demande alors : « Que cherchez-vous ? » Si un moment on avait pu croire le contraire, Jésus manifeste par cette question que c’est lui qui a bien l’initiative de l’appel de ces deux hommes. Quand on a à faire à Jésus, d’interrogeants, on devient interrogés, de « chercheurs », on se découvre « cherchés ». On en revient toujours à cette affirmation fondamentale de la première épître de saint Jean : c'est Lui, en fait, qui depuis toujours nous aime le premier (cf. 1 Jn 4,10). Par sa question : « Que cherchez-vous ? », Jésus invite ces hommes à prendre conscience et à nommer leur désir de proximité avec lui. « Rabbi (c'est-à-dire : Maître), où demeures-tu ? » Ils ont pressenti que la connaissance de l'identité de ce mystérieux personnage ne se communiquerait qu'au cœur d'un compagnonnage intime. C’est bien à cela que Jésus les appelle en les invitant à une conversion du regard qui leur permettra de reconnaître peu à peu en lui, dans une communion de cœur et de pensée toujours plus grande, non pas un Rabbi comme tant d’autres mais leur Seigneur et leur Sauveur : « Ils l'accompagnèrent, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. » Cette rencontre fut à ce point bouleversante que trois quart de siècle plus tard, l’heure de cette rencontre reste encore gravée dans les mémoires : « C'était vers quatre heure du soir ». Clairement, il y eut pour ces hommes un avant et un après. Depuis cette heure là, rien ne fut plus dès lors pareil ! Oui, nous ne sommes pas les disciples d'un système philosophique, d’une idéologie. Nous sommes des hommes et des femmes qui un jour dans leur vie ont fait, dans la foi, l'expérience de la rencontre non pas avec quelque chose mais avec quelqu’un, le « Vivant », le Christ (cf. 1 Jn 1,14), rencontre qui changea notre vie et qui lui donna une orientation totalement nouvelle ! Et c’est de cette rencontre dont nous voulons être témoins comme le fut André auprès de son frère Simon. « Seigneur fais-nous la grâce de demeurer auprès de toi, de te parler comme on s’entretient avec un ami, de communier chaque jour plus profondément à ta présence eucharistique. Transforme-nous et fais de nous des témoins de la vie nouvelle que tu veux offrir à tout homme. Puissions-nous avec l’aide de ta grâce inviter les hommes et les femmes de notre temps à ne pas avoir peur de s’approcher de toi et de marcher à ta suite. Là est le vrai bonheur ! » Frère Elie - Homélies.fr

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31/12/2013

"Le verbe était la vraie lumière"

Nous sommes au terme de l’octave de Noël, et l’Eglise nous invite à revenir au cœur du mystère de l’Incarnation en méditant à nouveau le Prologue de saint Jean, que la liturgie nous avait proposé le jour de Noël. Ce jour-là nous avons contemplé la Lumière du Verbe déferlant sur notre monde plongé dans la nuit, et proposant à tous ceux qui ont soif de vérité, de renaître d’eau et d’Esprit, afin de devenir enfants de Dieu. Aujourd’hui nous méditerons plutôt les effets de la descente de la Parole divine au cœur de nos vies puisque tel est le fruit de la solennité de Noël. En choisissant de commencer le Prologue de son évangile par les mêmes mots que ceux du premier livre de la Bible, saint Jean affirme clairement son intention d’écrire une nouvelle Genèse ; ou plutôt d’expliciter ce qui dans la première demeurait encore caché en Dieu, et qui nous est maintenant révélé dans le Christ. Lorsque « au commencement » Dieu créa le ciel et la terre, il le fit par sa Parole toute-puissante. « Dieu dit : “Que la lumière soit” et la lumière fut. Dieu sépara la lumière des ténèbres » (Gn 1, 3-4). Dieu crée par sa Parole toute-puissante, par ce Verbe dont saint Jean nous précise qu’il « était depuis toujours auprès de Dieu » ; bien plus : qu’il « était Dieu ». « Il était au commencement auprès de Dieu », poursuit l’évangéliste ; « par lui, tout s’est fait et rien de ce qui s’est fait ne s’est fait sans lui ». Ce Verbe est l’expression parfaite du Père, l’effigie de sa substance, « l’image du Dieu invisible » (Col 1, 15) en qui le Père se dit tout entier. Dieu n’est pas un Etre solitaire, mais une Trinité de personnes unies dans un éternel dialogue d’amour. Lorsque d’un commun accord elles décident de créer le monde, les Trois ne suscitent pas un jardin d’agrément pour leur propre distraction ; mais dès « le commencement », Dieu en créant les univers s’adresse à l’homme qui constitue la finalité de toute son œuvre, et qu’il a fait « à son image et à sa ressemblance » (Gn 1, 26), c’est-à-dire conscient et libre, capable de parler et d’aimer. Hélas le cœur de nos premiers parents s’est perverti lorsqu’ils ont accueilli le discours mensonger du Serpent, celui que Jésus désigne comme « le menteur et père du mensonge » (Jn 8, 44), celui qui fut « homicide dès les origines » (Ibid.). Dès lors Adam n’est plus dans la lumière et sa parole n’est plus véridique ; à la confiance filiale succède la défiance et la peur : « J’ai entendu ton pas dans le jardin et j’ai eu peur » (Gn 3, 10) ; l’amour fraternel fait place à l’accusation : « C’est la femme que tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » (Gn 3, 12) ; bientôt la haine meurtrière assombrira l’horizon des rapports humains : « Caïn se jeta sur son frère Abel et le tua » (Gn 4, 8). La parole de l’homme n’est plus à l’image de celle de Dieu : elle est devenue double, hypocrite, mensongère ; au lieu de dévoiler la vérité, elle la recouvre, l’occulte, la déforme. La parole n’est plus source de partage, communication de richesse, échange de vie, expression de l’amour ; elle est affirmation d’un pouvoir, manipulation de l’opinion, violence mentale, semence de mort. Comment pourrions-nous conduire la création de son achèvement naturel à son accomplissement surnaturel selon le plan de Dieu, nous qui avons laissé défigurer en nous son image ? Comment « notre cœur double et notre langue mensongère » pourraient-ils prolonger l’œuvre de la création sans la trahir ? Nous voulons la paix et nous n’enfantons que la guerre ; nous désirons la communion dans l’unité et nous n’engendrons que la division par nos paroles qui sèment la zizanie. Mais grâce soit rendue à Dieu notre Père et à son Fils Jésus-Christ ! Emu de compassion devant le triste état de notre humanité et devant notre impuissance, Dieu nous a d’abord donné la Loi afin que nous puissions à nouveau discerner entre le bien et le mal. Puis, « à la plénitude des temps, il envoya son Fils, né d’une femme, né sujet de la Loi afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale » (Ga 3, 4-5). « Tous nous avons eu part à sa plénitude, nous avons reçu grâce après grâce : après la Loi communiquée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ ». En lui nous sommes restitués à l’image de Dieu, capables de nous parler en vérité et de nous aimer dans la charité. Car le Verbe Lumière est venu dans notre monde éclairer tout homme : « Tous ceux qui l’ont reçu, ceux qui croient en son nom, il leur a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu », frères de Jésus-Christ. En lui nous sommes à nouveau capables d’aimer Dieu notre Père « en Esprit et vérité » (Jn 4, 23) et de vivre entre nous dans la paix et l’unité, comme il convient au sein de « la famille de Dieu » (cf. Ep 3, 19). « Loué sois-tu Père de nous avoir envoyé ton Verbe de lumière pour qu’il fasse la vérité dans nos vies. Loué sois-tu ô Christ d’avoir pris chair de notre chair pour faire resplendir ta gloire au cœur de nos ténèbres. Loué sois-tu ô Esprit Saint de conduire nos pas sur les chemins de la charité à l’école de l’Evangile. O Trinité Sainte, qui nous avez fait la grâce de nous créer à votre image afin que nous puissions vivre de votre vie et partager votre sainte compagnie, ne permettez pas que nous demeurions à l’ombre de la mort, enfermés dans la prison du mensonge et de la haine, alors que s’est levé le Soleil de justice et que brille l’astre de l’Amour. Que « l’onction sainte de celui qui nous a consacrés » (1ère lect.) porte en nous son fruit de louange, afin que la création tout entière puisse entamer par nos voix le chant nouveau de sa reconnaissance (Ps 95) ». Père Joseph-Marie

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29/12/2013

Les saints innocents

La fête des saints Innocents nous ramène à la question de Dieu face à la souffrance et au mal. Pourquoi Dieu n’intervient-il pas pour sauver ces enfants innocents ? Pourquoi laisse-t-il les soldats d’Hérode les assassiner ? Douloureuses interrogations… Comment effectivement ne pas rendre Dieu responsable, même indirectement, de ce massacre ! Comment ne pas voir en lui un Dieu injuste quand il permet à son Fils d’être sauvé alors qu’il ne fait rien pour ces enfants de Bethléem ! Attention à ne pas trop vite nous faire le juge de quelqu’un qui nous dépasse infiniment par ce qu’il est et par ce qu’il réalise. De plus, poser la question du mal à Dieu comme Créateur et Seigneur du monde, nous le savons bien, conduit à de multiples frustrations et à des conflits dans notre rapport avec Dieu voire même peut nous amener à la négation pure et simple de Dieu. Le mal et la souffrance obscurcissent l’image de Dieu et ce parfois de façon radicale, lorsqu’on est confronté au drame quotidien de tant de souffrances sans qu’il y ait eu faute, et de tant de fautes sans peines adéquates en retour. C’est ici qu’il est important de situer l’épisode du massacre des enfants de Bethléem sur l’horizon de la finalité de l’Incarnation du Fils de Dieu. Si celui-ci se trouve épargné grâce à l’intervention de Joseph inspiré par l’ange, c’est pour que ne soit pas mis en échec le salut de Dieu et que tous nous puissions être sauvés. Jésus est ici « sauvé » en vu de l’Heure de sa Passion où lui aussi traversera la mort pour la vaincre par le surcroît d’amour et de miséricorde dont il viendra l’habiter. A travers sa propre souffrance, accompagnant le don de sa vie par amour pour nous, le Fils unique nous sauvera. Tel est l’amour de Dieu envers l’homme, l’amour envers le « monde » : c’est l’amour sauveur. C’est d’ailleurs dans cet amour que ces enfants sont sauvés de façon anticipative. La mort des enfants innocents de l’évangile nous rappelle que le salut est lié étroitement au problème de la souffrance parce que sauver signifie libérer du mal. Parce qu’ils sont innocents, leur mort ne peut être qu’unie au sacrifice d’amour de Jésus sur la croix, lui l’Innocent, qui fait de toutes les morts innocentes des offrandes parfaites de charité consumées dans le feu de son Amour divin. C’est en ce sens que ces enfants sont de véritables martyrs. Comment ne pas penser à tous ces enfants innocents qui aujourd’hui encore souffrent ou meurent injustement, victimes d’avortements, de violences physiques ou morales… L’Ennemi semble pouvoir tuer et détruire à son gré. Mais il ne sait pas que la mort où il envoie ses victimes est déjà resplendissante de la Vie de celui qui l’a traversée pour en triompher par sa Résurrection. Lui qui est la Résurrection et la Vie accueille chacun de ces petits à qui il s’est uni par son sacrifice d’amour dans sa paix et dans sa gloire. Mieux que de rendre Dieu responsable de tous les maux du monde, il serait plus fécond de revenir à notre propre responsabilité de rendre manifeste avec l’aide de la grâce divine le triomphe de la Vie et de l’Amour divin au cœur de la culture de mort et de haine véhiculée par notre monde. Dans son encyclique Evangelium Vitae, Jean-Paul II exhortait : « Il est urgent de se livrer à une mobilisation des consciences pour mettre en œuvre une grande stratégie pour le service de la vie. Nous devons construire tous ensemble une nouvelle culture de vie. » « Seigneur, puisqu’en ce jour les saints Innocents ont annoncé ta gloire, non point par la parole, mais par leur seule mort, fais que toute notre existence témoigne de ce que notre bouche proclame : la foi dans le triomphe de ta résurrection et de ta vie. » Homelie.fr

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25/12/2013

"Le Verbe s'est fait chair"

Aux récits de la Nativité fait suite dans la liturgie « du jour » le prologue de l’évangile selon saint Jean. L’événement a été raconté : un Enfant nous est né. Les anges l’ont proclamé : Il est le Sauveur, le Fils du Très-Haut. Saint Jean réfléchit sur la portée de l’événement, son sens pour l’Histoire, pour chaque homme. Prenons trois simples dimensions de ce passage si riche et dense 1. Recommencer. « Au commencement était le Verbe » (v 1) : c’est le premier verset de l’évangile selon saint Jean. La venue sur la terre du Fils de Dieu est un nouveau commencement. Après l’Incarnation, rien ne sera plus comme avant. Le Royaume des cieux sur terre est inauguré, la semence est plantée, elle va grandir jusqu’à la fin des temps, jusqu’à ce que tout soit récapitulé par Lui dans le Père. Noël est le jour de l’espérance ! Le Pape François le redisait dans un récent Angélus (15 décembre 2013) : la joie fait partie de la vie chrétienne ! Car, avec Jésus, il est toujours possible de recommencer. Jésus est le commencement et recommencement de toutes les choses. 2. Accueillir. « à toux ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, ceux qui croient en son nom... » (v 12). Jésus est chez lui dans l’univers tout entier : au Ciel qui est sa demeure, dans la Création car « par lui tout a été fait ». Il ne demande pas la permission aux animaux et aux plantes pour régner sur eux. Mais pour habiter dans le cœur humain, il veut être accueilli librement. La créature humaine accueille librement l’avènement du Fils de Dieu en son cœur par la foi en son Nom. La vie publique de Jésus le confirmera : c’est là où ses interlocuteurs ont la foi qu’il accomplit des miracles 3. Contempler. « Le Verbe (...) a habité parmi nous, et nous avons contemplé sa gloire » (v 14). Ce que l’on fait le plus souvent devant un nouveau-né est tout simplement d’admirer sa simplicité, son calme, la gratuité de sa vie. C’est peut-être pour cela, finalement, que Jésus a voulu venir comme un simple nouveau-né. La première attitude vis-à-vis de lui, avant de l’écouter, d’analyser ses gestes, de s’émerveiller devant ses miracles, c’est tout simplement de l’admirer, de le contempler. C’est cela sa gloire, la grandeur de sa petitesse. Dialogue avec le Christ Seigneur, en ce jour je renouvelle ma foi en toi. Tu es venu dans le monde, pour moi, je veux t’accueillir comme mon Sauveur. Je voudrais te contempler. Tu es ma joie. Résolution Prendre un moment aujourd’hui pour contempler Jésus dans la crèche. Catholique. org

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08/12/2013

"Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint"

La nouvelle logique de la foi est centrée sur le Christ. La foi dans le Christ nous sauve parce que c’est en lui que la vie s’ouvre radicalement à un Amour qui nous précède et nous transforme de l’intérieur, qui agit en nous et avec nous… Le Christ est descendu sur la terre et il est ressuscité des morts ; par son incarnation et sa résurrection, le Fils de Dieu a embrassé toute la marche de l’homme et demeure dans nos cœurs par l’Esprit Saint. La foi sait que Dieu s’est fait tout proche de nous, que le Christ est un grand don qui nous a été fait, don qui nous transforme intérieurement, nous habite, et ainsi nous donne la lumière qui éclaire l’origine et la fin de la vie, tout l’espace de la marche de l’homme.

Nous pouvons ainsi comprendre la nouveauté à laquelle la foi nous conduit. Le croyant est transformé par l’Amour, auquel il s’est ouvert dans la foi, et dans son ouverture à cet Amour qui lui est offert, son existence se dilate au-delà de lui-même. Saint Paul peut affirmer : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi », et exhorter : « Que le Christ habite en vos cœurs par la foi » (Ga 2,20; Ep 3,17). Dans la foi, le moi du croyant grandit pour être habité par un Autre, pour vivre dans un Autre, et ainsi sa vie s’élargit dans l’Amour. Là se situe l’action propre de l’Esprit Saint. Le chrétien peut avoir les yeux de Jésus, ses sentiments, sa disposition filiale, parce qu’il est rendu participant à son Amour, qui est l’Esprit. C’est dans cet Amour que se reçoit en quelque sorte la vision propre de Jésus. Hors de cette conformation dans l’Amour, hors de la présence de l’Esprit qui le répand dans nos cœurs, il est impossible de confesser Jésus comme Seigneur (cf Rm 5,5; 1Co 12,3).

Pape François 

 

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05/11/2013

"Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu !"

« Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ! » : on aurait aimé entendre les propos de Jésus sur le Royaume qui arrachent ce cri d’émerveillement à un de ses auditeurs !
Pourtant la réponse du Seigneur résonne comme une sérieuse mise en garde, car cet interlocuteur juif – tout comme l’auditeur chrétien que je suis - fait partie des premiers invités à ce « grand dîner ». Il ne suffit pas de s’émerveiller devant les conditions du repas messianique ; il faut surtout veiller à ne pas repousser l’invitation lorsqu’elle se présente.
Nous espérons tous jouir un jour du bonheur du ciel, mais… après avoir fait le tour des joies terrestres, et épuisé toutes les possibilités que nous offre notre humanité ! Les occupations présentées comme excuses pour ne pas avoir à répondre à l’invitation, n’ont rien d’extravagant ou de peccamineux : il s’agit d’activités normales de la vie. Pourtant, la parabole dénonce qu’elles peuvent constituer un dangereux obstacle à la participation au Royaume. 
Les invités n’ont pas été surpris à l’improviste : ils avaient été avertis, et lorsque selon la coutume le serviteur vient leur signifier le début des festivités, il auraient dû accourir sans tarder. La désinvolture avec laquelle ils repoussent l’invitation qui leur est faite, est une forme subtile de mépris envers celui qui leur fait l’honneur de les convier. 
On comprend la colère de cet homme, qui ne décommande pas pour autant son repas : puisque les invités étaient indignes, d’autres profiteront de ce qui leur était destiné. Non seulement « les pauvres, estropiés, aveugles et boiteux » - bref : les déshérités de la vie, les exclus de la convivialité sociale - sont « invités », mais ils sont « amenés » par le serviteur jusqu’à la salle des fêtes. On imagine sans peine que ceux qui n’ont rien à perdre, se font moins prier et répondent avec bien plus d’empressement à cette invitation inespérée !
Profitant de l’effet de surprise de ce dénouement inattendu, Jésus interprète lui-même la parabole en s’identifiant à un des personnages : « Je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne profitera de mon dîner ». C’est donc lui le Maître de maison qui convoque en vain les invités de la première heure - entendons Israël. Mais l’endurcissement du peuple de la première Alliance, qui n’a pas voulu reconnaître le temps où Dieu le visitait, son refus obstiné d’entrer dans le Royaume promis, va en ouvrir les portes à tous les exclus, c'est-à-dire à tous les païens qui se convertiront à l’Evangile.
Cette parabole vaut pour les Juifs du temps de Jésus, mais aussi pour nous chrétiens d’aujourd’hui. Qui d’entre nous n’a pas un jour ou l’autre refusé une sollicitation de l’Esprit sous prétexte que nous étions trop occupés, trahissant ainsi que nous nous sommes bel et bien appropriés les activités que le Seigneur nous a confiées ? La première invitation nous est parvenue, et nous y avons répondu le jour de notre baptême ; mais nous tenons-nous prêts à chaque instant pour la convocation définitive ? Sommes-nous disposer à tout quitter pour répondre à l’appel du Seigneur quand il viendra ?
« Attends le Seigneur Israël, nous exhorte le Psalmiste maintenant et à jamais ». Et il nous indique le chemin pour garder notre cœur dans cette attitude de paisible vigilance : « Je n’ai pas le cœur fier ni le regard ambitieux ; je ne poursuis ni grands desseins ni merveilles qui me dépassent. Non, mais je tiens mon âme égale et silencieuse ; mon âme est en moi comme un enfant, comme un petit enfant contre sa mère ». L’humilité ne consiste pas à prétendre que nous ne sommes bons à rien ; mais plutôt à accomplir ce que le Seigneur attend de nous dans la reconnaissance pour la confiance qu’il nous témoigne, et dans la simplicité d’un cœur tout tourné vers lui et prêt à lui répondre au moindre appel. « Vers toi j’ai les yeux levés, vers toi qui es au ciel. Comme les yeux de la servante vers la main de sa maîtresse, nos yeux, levés vers le Seigneur notre Dieu, attendent sa pitié » (Ps 123[122]).

« Seigneur, de quoi nous rassasierons-nous au repas dans ton Royaume, sinon de la l’Esprit de charité que tu nous donneras en surabondance ? Apprends-nous à vivre dès à présent dans la communion fraternelle, plus soucieux du bien commun que du nôtre ; alors nous ne serons ni surpris, ni dérangés par ton appel, qui ne fera que confirmer l’orientation que nous aurons donnée à notre vie, sous la conduite de ta grâce. Plutôt que de “contrister l’Esprit” (cf. Ep 4, 30), accorde-nous de “le laisser jaillir” (cf. Rm 12, 11) pour ton service et celui de nos frères. »
 
Père Joseph-Marie - Famille de Saint Joseph

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03/11/2013

Zachée

Zachée est sans doute un des personnages les plus connus et aussi les plus sympathiques des évangiles. Pourtant on ne peut pas dire que ce soit un homme très fréquentable – du moins au départ de son itinéraire. Il est non seulement collecteur, mais « chef des collecteurs d’impôts » c’est-à-dire l’intermédiaire entre les receveurs de taxes et l’administration romaine. Ce poste était fort envié, car il permettait de brasser pas mal d’argent ; mais celui qui l’occupait était ipso facto exclu de la société civile et religieuse juive, en tant que collaborateur direct de l’occupant. 
Saint Luc nous apprend qu’il « était de petite taille » : était-ce pour compenser un complexe d’infériorité qu’il avait consenti à ce métier peu honorable, mais qui lui donnait un pouvoir exorbitant sur son entourage ? Était-ce pour se venger des quolibets qu’il avait dû endurer durant son enfance ? Quoi qu’il en soit, sa petite taille lui joue à nouveau un mauvais tour puisqu’elle l’empêche de voir la route où Jésus va passer. On imagine sans peine les rires sarcastiques et revanchards de la foule qui, à la vue du petit homme, se ressert encore davantage pour l’empêcher de se glisser au premier rang. 
« Il courut en avant et il grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là » : c’est probablement la détermination et l’astuce de Zachée, associées à l’absence de respect humain, qui le rendent sympathique malgré tous les antécédents qui plaident contre lui. La scène a quelque chose à la fois de cocasse et de bon enfant : un homme adulte, perché maladroitement sur un arbre et cherchant à se cacher dans les frondaisons qui s’étendent au-dessus de la route. La foule l’a bien sûr remarqué et ne manque pas de se moquer bruyamment de lui, trop heureuse de voir s’exposer au ridicule celui qu’elle redoute en d’autres circonstances.
La surprise vient de la réaction de Jésus, qui va faire basculer le récit. Loin de se joindre aux sarcasmes et aux mépris de la foule, Notre-Seigneur s’arrête et pose sur Zachée un regard amusé certes, mais bienveillant. Jésus « lève les yeux » comme pour cueillir un fruit mûr et ouvre le dialogue avec lui : « “Zachée descends vite” : tu veux t’élever, te grandir aux yeux de tous pour compenser ta petite taille mais ce n’est pas ainsi que tu pourras me rencontrer. Le Dieu que tu as trahi et que pourtant tu cherches dans ton cœur, n’est pas dans les hauteurs : “devenu semblable aux hommes et reconnu comme un homme à son comportement, il s’est abaissé lui-même” (Ph 2, 7-8), il est descendu jusqu’à toi, il se tient même en dessous de toi pour ne pas t’humilier comme le font tes concitoyens ; et il vient jusqu’à toi pour mendier ton hospitalité : “aujourd’hui il faut que j’aille demeurer chez toi” ». 
« Il faut que » : étonnante nécessité, à laquelle fera écho cet autre parole de Jésus Ressuscité aux disciples d’Emmaüs : « Ne fallait-il pas que le Messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? » (Lc 24, 26) Cette halte du Seigneur dans la maison de Zachée, juste avant sa Passion, résume tout son ministère : « le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ». Notre-Seigneur n’a pas dit « celui qui était perdu », mais « ce qui était perdu ». Qu’avait donc perdu Zachée, sinon la grâce, dont le péché l’a privé ? « Il fallait » que le Fils de l’homme descende dans notre humanité, pour nous rendre la vie filiale que nous avions perdue par nos fautes. 
Surpris de voir le Maître « lever le regard » vers lui, Zachée esquisse un geste de recul, cherchant à s’enfoncer plus profondément dans la frondaison. Mais lorsque Jésus lui intime de descendre pour l’accueillir, il n’ose en croire ses oreilles ; cependant l’ordre du Maître s’impose à lui, et fou de joie il descend à toute vitesse de son perchoir pour rejoindre Jésus et l’introduire dans sa maison. 
Jamais dans tout son récit, saint Luc ne précise que les pharisiens reçoivent Jésus à leur table « avec joie ». Or dans le troisième évangile - appelé encore « l’évangile de la joie » - celle-ci trahit toujours la présence de l’Esprit Saint. Pensons en particulier à l’atmosphère de joie et même d’allégresse spirituelle, qui préside à la rencontre de Marie et d’Élisabeth dans l’épisode de la visitation (Lc 1, 39-56). Serait-ce donc que l’Esprit habite davantage le cœur du pécheur Zachée que celui des chefs religieux, ces hommes réputés « justes » en raison de leur stricte observance de la loi ? Ce n’est certes pas le péché qui a attiré l’Esprit Saint dans le cœur de Zachée ; mais force nous est de constater que ce ne sont pas davantage les œuvres des pharisiens qui les sanctifient. 
La joie résulte du repos de l’âme dans un bien aimé et ardemment désiré. Telle est la joie de Zachée, qui s’est laissé toucher par les propos de Jésus dont il a entendu les enseignements à l’abri des regards indiscrets. Il s’est pris à aimer ce rabbi dont les paroles de miséricorde ont transpercé son cœur. Aussi brûlait-il secrètement du désir de le voir. Lorsqu’en s’invitant chez lui, Jésus vient au devant de ce désir, Zachée ouvre son cœur à la grâce, et l’Esprit manifeste immédiatement sa présence, non seulement par la joie qui l’envahit, mais aussi en le libérant de son avarice et en lui donnant accès à la liberté du don. 
Telles ne sont pas les dispositions intérieures des pharisiens, plus préoccupés de saisir le moindre motif de critique, voire de condamnation dans les propos et les agissements de ce rabbi qui leur fait de l’ombre. Loin de brûler d’amour pour Jésus, c’est plutôt la flamme de la haine qui embrase leur cœur. Devant l’enthousiasme des foules, leur aversion ne fait que croître, et leur tristesse morbide se transforme en rage meurtrière. Comment pourraient-ils « recevoir Jésus avec joie » ? 
Le secret de Zachée, c’est d’avoir su distinguer clairement sa malice objective, dont il avait bien conscience, et la bienveillance - bien plus objective encore - de Jésus, dont il s’est perçu aimé, non pas malgré ses fautes, mais à cause de son péché. Se convertir ne signifie pas changer de vie de manière volontariste, mais se laisser trouver par Jésus, qui désire être l’hôte de nos cœurs. Ce n’est que dans la mesure où nous accueillons « le salut dans notre maison », que le Seigneur « par sa puissance, nous donnera d’accomplir tout le bien que nous désirons, et qu’il rendra active notre foi ». 

« Seigneur, tu poses ce même regard de tendresse à chaque instant sur chacun de nous ; un regard porteur du même message d’espérance. “Tu fermes les yeux sur nos péchés pour que nous nous convertissions et que nous puissions croire vraiment en toi” (1ère lect.). Tu ne désires rien d’autre que de nous voir participer à ta gloire, en nous donnant part à ta vie dans l’Esprit (cf. 2nd lect.). Ce n’est pas nous qui te cherchons, mais c’est toi qui vient au-devant de nous en mendiant notre hospitalité. Aujourd’hui, moi aussi, comme Zachée, je veux te recevoir avec joie, toi qui es venu pour me combler de la grâce que j’avais perdue et que je peux enfin retrouver en toi. »
 
Père Joseph-Marie - Famille de Saint Joseph

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02/11/2013

"Le mauvais riche et le pauvre Lazare"

Luc 16.19/31

Certains supposent que ce texte n’est pas une parabole mais un récit authentique. Il est évidemment impossible de trancher d’une manière absolue, et chacun peut adopter l’hypothèse qui lui convient. En tout cas, le simple fait que la question soit posée, met en évidence le réalisme du récit.

Comme chaque fois, il fait naître en nous des images, que nous diviserons en tableaux. Nous pouvons les placer dans le cadre qui nous convient.

Le premier va se situer dans une luxueuse villa. Nous pouvons y placer des scènes de festins ! Y ajouter des musiques que nous aimons, des costumes de soirées, cela à notre goût. Nous pouvons encore y faire évoluer toute une compagnie légère et insouciante peut être aussi un peu avinée !

Deuxième tableau : rendons-nous dehors, devant la maison, nous pouvons y apercevoir, non loin de la belle porte, un mendiant qui gît à même le sol, en compagnie d’un chien ou de plusieurs, tout comme les SDF de nos villes.

L’air est chargé d’odeurs festives, nos oreilles perçoivent des échos de la musique, compagne fidèle de toutes les fêtes.

C’est ce contraste douloureux entre la misère et le luxe que Jésus veut mettre en évidence, il veut par ce moyen, provoquer et même contraindre à la réflexion et préparer le tableau suivant.

Troisième tableau : C’est un enterrement. Le défunt n’a pas d’ami, pas de tombeau, pas de discours. Peut être ses chiens suivent-ils de loin ? Les hommes se débarrassent en silence d’un problème nommé Lazare, il n’est plus gênant, il sera vite oublié…

Pour cette occasion, tout comme autrefois Elisée ouvrit les yeux de son serviteur 1, Jésus ouvre les notre pour que nous puissions un instant voir l’invisible. Des anges sont là qui, nous dit le maître, conduisent l’âme du mendiant dans ce lieu que Jésus appelle le « sein d’Abraham ».

Rien ne nous interdit de croire que son arrivée en une telle compagnie fut fêtée comme il se doit ! Lazare était connu, il a un nom, un nom qui signifie : Dieu mon aide…

Nom prophétique, s’il en est !

Quatrième tableau : C’est le tour du riche d’être conduit au cimetière, cet homme n’a pas de nom. Pour des générations de lecteurs de la Bible, il est resté « le mauvais riche », et pour Dieu il en est de même, son nom n’est écrit nulle part. Nous le savons bien, devant la mort tous les hommes sont égaux, avec ou sans nom elle nous guette, sans faire la moindre préférence. Mais, où les choses varies, c’est sur l’habillage qu’on lui donne.

L’enterrement fut somptueux. Discours, fleurs, mines attristées, un très bel enterrement en somme, une dernière fête, un dernier hommage, avant de se partager à partager l’héritage ! Il y a là tout le monde. Les notables, les anciens combattants, le maire et même le préfet, les autorités civiles et religieuses, croyants et mécréants, tous sont là ! Hommage lui est rendu par de beaux et longs discours… Mais… pas d’anges, pas le plus petit ange, rien ! Jésus ne nous montre rien, c’est normal, là, il n’y a rien à recevoir.

Cinquième tableau : L’instant d’après, nous voilà pour un instant transportés dans le séjour des morts. Spectateurs et auditeurs silencieux, nous voyons et entendons des choses étranges ! Heureusement, le Seigneur nous tient par la main, seuls nous aurions très peur.

L’ex-riche sans nom, est là. Il scrute un horizon lointain, met la main sur ses yeux, pour préciser sa vision, et ce qu’il voit l’émeut au plus haut point. Il aperçoit Lazare « son SDF », il le reconnait bien ! Il l’a si souvent croisé en sortant de chez lui, même de temps à autre, grand seigneur, il lui jetait quelques monnaies… Lazare est « dans le sein d’Abraham » il est heureux serein, apaisé, il a visiblement tout ce que lui, l’ex-riche n’a pas, n’a jamais eu. Qu’il n’a jamais pu avoir et qu’il n’aura certainement plus jamais !

Nous sommes invités à écouter un dialogue surréaliste entre le ciel et l’enfer, le patriarche et le déchu ! Celui-ci, pour qui la prière n’a jamais été que dominicale 3, fait une tentative. Il interpelle Abraham ! Sa voix est forte, vibrante de sincérité, peut être même, y a-t-il une larme dans cet appel d’outre tombe !

Quel est donc le sujet de cette requête ? Abraham devrait, selon notre pauvre riche, envoyer Lazare pour qu’il se mette à son service et lui rafraîchisse la langue ! Cela de toute urgence ! La repentance n’est pas en ce lieu de tourment. Même là, cet homme se croit encore supérieur, et a l’outrecuidance de requérir les services, gratuits de « son » ex EDF ! On croit rêver… N’avons-nous pas là, une sorte de définition de ce que sera l’enfer ? Un lieu ou des hommes, incapables de la moindre repentance, seront rassemblés, et ou ils mettront en commun leurs haines, leurs vanités, leur orgueil etc…

Le patriarche ainsi interpellé, explique : Non ! La chose est impossible. Elle ne dépend pas de lui. Même si Lazare le souhaitait, il ne pourrait pas le faire, un abîme est entre eux ! D'ailleurs, lui, le riche, devait comprendre : il a eu la récompense de son choix : les plaisirs sur la terre. Il les a tous eu, sauf un : Celui de partager avec Lazare ! Maintenant c’est au tour de Lazare d’être heureux… La justice est satisfaite. De toutes manières, un abîme les sépare, rien de moins. Un abîme qui a été creusé sur la terre à coup de fêtes, d’insouciances, d’indifférences, d’impiétés. Cet abîme c’est lui, le riche-pauvre, qui l’a empêché de voir la misère et le dénuement complet de son voisin !

Cela est vrai aussi pour tous les autres « riches-pauvres » qui vivent insouciants… cet avertissement sans frais est adressé à tous les hommes : Attention vous creusez votre propre abîme !

Ne pouvant plus penser efficacement à lui, notre homme, un peu tardivement il est vrai, se met à penser aux autres ! Ô pas à tous les autres ! Non à ses cinq frères ! Petit cercle de famille, anciens compagnons de réjouissances ! Nous pouvons aussi voir en eux des frères en religion, en philosophie, en politique, en sport…que sais-je encore ? Lazare, toujours lui, devrait revenir sur la terre pour expliquer à ses frères, ses cinq frères, pas plus, quelle a été son erreur et leur décrire la conséquence dramatique !

Ses cinq frères suffisent à son inquiétude. Et les autres ? En fait, il ne les a jamais connus, pas même vus, ils étaient transparents, comme Lazare ! Pourquoi existeraient-ils maintenant, En enfer, nous l’avons dit, point de repentance, point de changements, l’homme est figé, telle la femme de Lot, changée en statue de sel à jamais stérile !

Le dialogue s’arrête là, le rideau tombe, et nous laisse seul avec nous même et nos réflexions ! Jésus, laisse ses auditeurs juifs face au père qu’ils revendiquent si haut et si fort ! Nous avons, disent-ils haut et fort, Abraham pour père ! Quand à nous, Jésus nous laisse face à sa parole, il nous suggère de bien réfléchir au fait que notre vie est unique, qu’il n’y a pas de nouvelle chance. Il est, lui notre seule chance.

Ce riche est en réalité pauvre, ces richesses ont été rongées pas la teigne et la rouille ! De quoi sommes-nous riches ?

Lazare était un pauvre riche ! Riche de sa confiance en Dieu. Cette confiance, c’est son nom ! Dieu soit mon aide ! Ce qui caractérise cet homme, ce qui lui confère une identité connue dans le monde entier, c’est cette confiance en Dieu qui aurait fait ricaner les riches s’il avait pu en témoigner. Il a perdu sa vie ? Non, il semait pour l’éternité, le riche aussi, mais pas la même semence ! Et nous, quelle semence jetons-nous dans le champ de notre vie ?

Ce qu’un homme sème, il le moissonne !

Daniel QUINTIN

http://www.eglisesencevennes.com/multimedia/articles/lazare.html

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