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12/12/2017

« Votre Père qui est aux cieux ne veut pas qu'un seul de ces petits soit perdu »

« Voici que le nom du Seigneur vient de loin » dit le prophète (Is 30,27). Qui pourrait en douter ? Il fallait à l'origine quelque chose de grand pour que la majesté de Dieu daigne descendre de si loin en un séjour si indigne d'elle. Oui, effectivement, il y avait là quelque chose de grand : sa grande miséricorde, son immense compassion, sa charité abondante. En effet, dans quel but croyons-nous que le Christ est venu ? Nous le trouverons sans peine puisque ses propres paroles et ses propres œuvres nous dévoilent clairement la raison de sa venue. Il est venu en toute hâte des montagnes pour chercher la centième brebis égarée. 

Il est venu à cause de nous pour que les miséricordes du Seigneur apparaissent avec plus d'évidence, ainsi que ses merveilles à l'égard des enfants des hommes (Ps 106,8). Admirable condescendance de Dieu qui nous cherche, et grande dignité de l'homme ainsi recherché ! Si celui-ci veut s'en glorifier, il peut le faire sans folie, non que de lui-même il puisse être quelque chose, mais parce que celui qui l'a créé l'a fait si grand. En effet, toutes les richesses, toute la gloire de ce monde et tout ce qu'on peut y désirer, tout cela est peu de chose et même n'est rien en comparaison de cette gloire-là. « Qu'est-ce donc que l'homme, Seigneur, pour en faire si grand cas, pour fixer sur lui ton attention ? » (Jb 7,17)

Saint Bernard (1091-1153), moine cistercien et docteur de l'Église 
Sermon 1 pour l'Avent, 7-8 (trad. Orval)

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11/12/2017

« Aujourd'hui nous avons vu des choses extraordinaires ! »

 Douce est la lumière, et il est bon de contempler le soleil avec nos yeux de chair...; c'est pourquoi Moïse disait déjà : « Et Dieu vit la lumière, et il dit qu'elle était bonne » (Gn 1,4)... 

Qu'il nous est bon de penser à la grande, véritable et indéfectible lumière « qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jn 1,9), c'est-à-dire le Christ, le Sauveur du monde et son libérateur. Après s'être dévoilé aux regards des prophètes, il s'est fait homme et il a pénétré jusqu'aux dernières profondeurs de la condition humaine. C'est de lui que parle le prophète David : « Chantez à Dieu un psaume pour son nom, préparez un passage pour celui qui monte à l'occident ; son nom est Seigneur, exultez en sa présence » (Ps 67,5 Vulg). Et encore Isaïe, de sa grande voix : « Peuples assis dans les ténèbres, regardez cette lumière. Pour vous qui habitez au pays de l'ombre de la mort, une lumière resplendira » (cf 9,1)... 

Ainsi donc, la lumière du soleil vue par nos yeux de chair annonce le Soleil spirituel de justice (Ml 3,20), le plus doux qui se soit levé pour ceux qui ont eu le bonheur d'être instruits par lui et de le regarder avec leurs yeux de chair, pendant qu'il séjournait parmi les hommes comme un homme ordinaire. Et pourtant il n'était pas seulement un homme ordinaire, puisqu'il était né vrai Dieu, capable de rendre la vue aux aveugles, de faire marcher les boiteux, de faire entendre les sourds, de purifier les lépreux et de ramener d'un mot les morts à la vie (Lc 7,22).

 

Saint Grégoire d'Agrigente (v. 559-v. 594), évêque 
Sur l'Écclésiaste, livre 10, 2 ; PG 98, 1138 (trad. Orval)

 

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05/12/2017

« Beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez »

Viens, ô Seigneur, « sauve-moi et je serai sauvé » ! (Jr 17,14) Viens, « montre-nous ta face, et nous serons sauvés » (Ps 79,4). C'est toi que nous avons attendu ; « sois notre salut au temps de la tribulation » (Is 33,2). Ainsi les prophètes et les justes allaient à la rencontre du Christ avec un tel désir, un tel élan d'amour, qu'ils auraient voulu, si cela avait été possible, voir de leurs yeux ce que déjà ils voyaient en esprit. C'est pourquoi le Seigneur disait à ses disciples : « Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous le dis, bien des prophètes et des justes ont voulu voir ce que vous voyez et ne l'ont pas vu ». Abraham aussi, notre père, « a exulté à la pensée de voir le jour » du Christ ; « il l'a vu », mais dans le séjour des morts, « et il s'en est réjoui » (Jn 8,56).

Il y a bien là de quoi nous faire rougir de la tiédeur et de la dureté de notre cœur, si nous n'attendons pas dans la joie spirituelle le jour anniversaire de la naissance du Christ que l'on nous promet de voir bientôt, s'il plaît au Seigneur. De fait, l'Écriture semble exiger que notre joie soit si grande que notre esprit, s'élevant au-dessus de lui-même, brûle de s'élancer à la rencontre du Christ qui vient, et que, se portant en avant par le désir, sans supporter aucun retard, il s'efforce de voir déjà ce qui est à venir.

Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
2ème Sermon pour l'Avent (trad. SC 166, p. 109)

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04/12/2017

" Le Désordre des convoitises"

Salut à tous.

Nous sommes en marche vers Noël.           

Noël ou la naissance de l’enfant Dieu.                 

Noël avec son lot d’envie et de convoitise démesurées. Demeurons bienveillants et tournés vers le seigneur qui vient. « Le catéchisme de l’Eglise catholique » nous en donne quelques pistes

  1. Le désordre des convoitises

2535 L’appétit sensible nous porte à désirer les choses agréables que nous n’avons pas. Ainsi désirer manger quand on a faim, ou se chauffer quand on a froid. Ces désirs sont bons en eux-mêmes ; mais souvent ils ne gardent pas la mesure de la raison et nous poussent à convoiter injustement ce qui ne nous revient pas et appartient, ou est dû, à autrui.

2536 Le dixième commandement proscrit l’avidité et le désir d’une appropriation sans mesure des biens terrestres ; il défend la cupidité déréglée née de la passion immodérée des richesses et de leur puissance. Il interdit encore le désir de commettre une injustice par laquelle on nuirait au prochain dans ses biens temporels :

Quand la Loi nous dit : " Vous ne convoiterez point ", elle nous dit, en d’autres termes, d’éloigner nos désirs de tout ce qui ne nous appartient pas. Car la soif du bien du prochain est immense, infinie et jamais rassasiée, ainsi qu’il est écrit : " L’avare ne sera jamais rassasié d’argent " (Si 5, 9) (Catech. R. 3, 37).

2537 Ce n’est pas violer ce commandement que de désirer obtenir des choses qui appartiennent au prochain, pourvu que ce soit par de justes moyens. La catéchèse traditionnelle indique avec réalisme " ceux qui ont le plus à lutter contre leurs convoitises criminelles " et qu’il faut donc " le plus exhorter à observer ce précepte " :

Ce sont ... les marchands qui désirent la disette ou la cherté des marchandises, qui voient avec chagrin qu’ils ne sont pas les seuls pour acheter et pour vendre, ce qui leur permettrait de vendre plus cher et d’acheter à plus bas prix ; ceux qui souhaitent que leurs semblables soient dans la misère, afin de réaliser du profit, soit en leur vendant, soit en leur achetant ... Les médecins qui désirent des malades ; les hommes de loi qui réclament des causes et des procès importants et nombreux ... (Catech. R. 3, 37).

2538 Le dixième commandement exige de bannir l’envie du cœur humain. Lorsque le prophète Nathan voulut stimuler le repentir du roi David, il lui conta l’histoire du pauvre qui ne possédait qu’une brebis, traitée comme sa propre fille, et du riche qui, malgré la multitude de ses troupeaux, enviait le premier et finit par lui voler sa brebis (cf. 2 S 12, 1.4). L’envie peut conduire aux pires méfaits (cf. Gn 4, 3-7 ; 1 R 21, 1-29). C’est par l’envie du diable que la mort est entrée dans le monde (cf. Sg 2, 24-25) :

Nous nous combattons mutuellement, et c’est l’envie qui nous arme les uns contre les autres ... Si tous s’acharnent ainsi à ébranler le corps du Christ, où en arriverons-nous ? Nous sommes en train d’énerver le corps du Christ ... Nous nous déclarons les membres d’un même organisme et nous nous dévorons comme le feraient des fauves (S. Jean Chrysostome, hom. in 2 Cor. 28, 3-4 : PL 61, 594-595).

2539 L’envie est un vice capital. Elle désigne la tristesse éprouvée devant le bien d’autrui et le désir immodéré de se l’approprier, fût-ce indûment. Quand elle souhaite un mal grave au prochain, elle est un péché mortel :

Saint Augustin voyait dans l’envie " le péché diabolique par excellence " (catech. 4, 8). " De l’envie naissent la haine, la médisance, la calomnie, la joie causée par le malheur du prochain et le déplaisir causé par sa prospérité " (S. Grégoire le Grand, mor. 31, 45 : PL 76, 621).

2540 L’envie représente une des formes de la tristesse et donc un refus de la charité ; le baptisé luttera contre elle par la bienveillance. L’envie vient souvent de l’orgueil ; le baptisé s’entraînera à vivre dans l’humilité :

C’est par vous que vous voudriez voir Dieu glorifié ? Eh bien, réjouissez-vous des progrès de votre frère, et, du coup, c’est par vous que Dieu sera glorifié. Dieu sera loué, dira-t-on, de ce que son serviteur a su vaincre l’envie en mettant sa joie dans les mérites des autres (S. Jean Chrysostome, hom. in Rom. 7, 3 : PG 60, 445).

Source : Catéchisme de l’Eglise catholique.

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02/12/2017

Bon temps de L'Avent

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23:02 Écrit par Nicou | Commentaires (0) |  Facebook | |

« Veillez donc, car vous ne savez pas quand le maître de la maison reviendra »

Voici un des grands préceptes du Seigneur : que ses disciples secouent comme une poussière tout ce qui est terrestre..., pour se laisser emporter dans un grand élan vers le ciel. Il nous exhorte à vaincre le sommeil, à rechercher les réalités d'en haut (Col 3,1), à tenir sans cesse notre esprit en éveil, à chasser de nos yeux l'assoupissement séducteur. Je veux parler de cette torpeur et de cette somnolence qui rivent l'homme à l'erreur et forgent des images de rêves : honneur, richesse, puissance, grandeur, plaisir, succès, profit ou prestige... 


Pour oublier de tels songes, le Seigneur nous demande de surmonter ce sommeil pesant : ne laissons pas échapper le réel dans une poursuite effrénée du néant. Il nous appelle donc à veiller : « Tenez vos reins ceints et vos lampes allumées » (Lc 12,35). La lumière qui éblouit nos yeux chasse le sommeil ; la ceinture qui enserre nos reins tient notre corps en alerte ; elle exprime un effort qui ne tolère aucune torpeur. 

Que le sens de cette image est clair ! Ceindre ses reins de tempérance, c'est vivre dans la lumière d'une conscience pure. La lampe allumée de la franchise éclaire le visage, fait éclater la vérité, tient l'âme en éveil, la rend imperméable à la fausseté et étrangère à la futilité de nos pauvres songes. Vivons selon l'exigence du Christ et nous partagerons la vie des anges. En effet, c'est à eux qu'il nous unit dans ce précepte : « Soyez semblables à ceux qui attendent leur maître à son retour de noces, afin de lui ouvrir dès qu'il viendra et frappera » (Lc 12,36). Ce sont eux qui sont assis près des portes du ciel, l'œil en éveil, pour que le Roi de gloire (Ps 23,7) y passe à son retour des noces.

Saint Grégoire de Nysse (v. 335-395), moine et évêque 
Sermons sur le Cantique des Cantiques, n°11, 1

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23/10/2017

Le Pape Formose : Jugement cadavérique

« Une cérémonie abominable suivit, où le mort fut dégradé, dépouillé des vêtements pontificaux auxquels collaient les chairs putréfiées, jusqu’au cilice que portait ce rude ascète ; les doigts de sa main droite furent coupés, ces doigts indignes qui avaient béni le peuple. » (Daniel-Rops, "L’Église des temps barbares", 1950).

Le 4 avril 896, il y a exactement 1 120 ans, le pape Formose est mort. Né il y a environ 1 200 ans, vers l’an 816, ce pape assez particulier, ascète à la vie exemplaire et doté d’une grande culture, très apprécié du peuple de Rome, eut une destinée si extraordinaire qu’il fut encore un élément d’attention après sa mort.

Aux IXe et Xe siècles, la vie d’un pape n’était pas de tout repos et n’avait pas grand chose à voir avec les papes d’aujourd’hui. Univers impitoyable où quelques souverains de l’Europe donnaient le climat, la vie physique des papes ne tenait parfois qu’à un fil.

À la naissance assez peu connue (certains l’ont dit originaire de Rome, d’autres de Corse), Formose fut évêque de Porto en 864 et a eu des missions du Vatican en Bulgarie en 866, en France en 869 et en 872, et à Constantinople. Formose rencontra le roi Charles II le Chauve pour l’encourager à se faire sacrer empereur par le pape, sur le trône de Charlemagne.

Le 14 décembre 872, Formose se sentit apte à devenir pape mais ne fut pas élu. Le pape élu, Jean VIII, s’est alors acharné contre lui (qui lui contestait l’élection) en convoquant un synode, ce qui obligea Formose à revenir de Bulgarie. Formose fut alors accusé d’avoir voulu devenir archevêque de Bulgarie et pape, alors qu’il n’aurais pas dû quitter son diocèse de Porto (dont il était l’évêque) sans l’autorisation du pape. Pour ces raisons, il fut excommunié par Jean VIII en juillet 872.

Boris Ier, le roi de Bulgarie, avait souhaité que Formose fût évêque de Bulgarie, ce qui fut refusé par les papes Nicolas Ier et Adrien II en raison du droit canon. Plus tard, le pape Étienne V imposa le latin dans la liturgie au détriment de la langue slavone, ce qui a plongé la Bulgarie dans la zone d’influence byzantine.

Jean VIII a dirigé onze conciles pour discipliner le clergé, a prononcé de très nombreuses excommunications le rendant très impopulaire et il a couronné trois empereurs : Charles II le Chauve, Louis II le Bègue et Charles III le Gros. Parce qu’il était détesté même du clergé, Jean VIII a dû s’exiler en 878 à Arles (Louis II le Bègue lui refusa la couronne impériale) avant de retourner à Rome en 881.

En 878, l’excommunication de Formose fut levée sous condition de ne jamais retourner à Rome ni d’exercer des fonctions sacerdotales. Jean VIII mourut le 16 décembre 882 assassiné à coups de marteau par ses proches après avoir été empoisonné.

Le pape Marin Ier élu en 883 réhabilita Formose comme évêque de Porto et finalement, Formose fut élu pape le 6 octobre 891 succédant aux papes Adrien III et Étienne V. Comme Arnulf refusa d’aider le pape assiégé en Italie, Étienne V proposa à Guy de Spolète la couronne impériale.

Comme pape, Formose se trouva dans une Europe en pleine confusion. Si le schisme d’Orient fut évité par Jean VIII en légitimant le patriarche de Constantinople Photius, ce dernier fut évincé le 25 décembre 886 au profit d’Étienne Ier de Constantinople, le fils de l’empereur Basile Ier. En France, la couronne était contestée entre les Carolingiens (Charles III le Simple, qui avait le soutien de Formose, fut roi des Francs du 3 janvier 898 au 29 juin 922) et les Capétiens (Eudes, premier roi "capétien" des Francs, du 29 février 888 au 3 janvier 898) qui finirent par prendre définitivement le pouvoir en France un siècle plus tard (avec Hugues Capet).

La couronne impériale fut également très disputée entre deux clans. Si Formose n’a pas pu éviter de sacrer empereur Guy III de Spolète en avril 892 (il était roi d’Italie), à la mort de ce dernier, le 12 décembre 894, si son fils Lambert de Spolète a prit la succession impériale, Formose de son côté incita Arnulf Ier de Carinthie à reconquérir l’Italie contre les Spolétains dès 894 et à reprendre la couronne impériale le 22 février 896. Les Spolétains étaient opposés à la fois aux Carolingiens et à Formose.

Le 4 avril 896, Formose est mort peu de temps après le départ d’Arnulf frappé de paralysie, mais on ne lui a pas permis le repos éternel. Son deuxième successeur Étienne VI, élu pape en mai 896, sous la pression de Lambert de Spolète voulant se venger, décida d’organiser un véritable procès posthume de son prédécesseur Formose.

Cet étrange procès a eu lieu en janvier 897 et on l’appela le "Concile cadavérique". On exhuma le cadavre de Formose, on l’habilla de ses habits pontificaux et on l’installa sur son trône. En face, le pape Étienne VI jouait le rôle du procureur et Formose n’eut droit qu’à un simple diacre comme avocat. Étienne VI reprit les accusations de Jean VIII et condamna Formose à ne plus être pape, et à annuler toutes ses décisions, en particulier, toutes les consécrations, nombreuses, d’évêques. En effet, Formose ne pouvait pas devenir évêque de Rome alors qu’il était déjà évêque de Porto.

Pour comprendre ce qui a motivé Étienne VI dans cette mascarade, c’était son propre sort. En effet, le droit canon interdisant à un évêque d’échanger son diocèse avec un autre, Étienne VI n’aurait pas dû être élu pape puisqu’il était déjà évêque d’Agnani. Mais il avait été consacré évêque justement par le pape Formose. En annulant tous les actes de Formose, Étienne VI se voyait ainsi démis de son diocèse d’Agnani et pouvait donc prétendre au diocèse de Rome.

Pour sanction très macabre, on retira les vêtements pontificaux du cadavre et on lui coupa les trois doigts de la main droite servant aux bénédictions papales. On jeta le reste du corps dans le Tibre et il fut récupéré par chance par un pêcheur. On attendit la mort d’Étienne VI en août 897 (il fut déposé et étranglé dans sa prison) et l’élection du pape Théodore II pour inhumer Formose dans la Basilique Saint-Pierre et on interdit le principe de juger des morts.

Néanmoins, le pape Serge III, qui fut le confident d’Étienne VI et partagea sa haine de Formose, reprit les condamnations contre Formose et il aurait alors fait de nouveau déterrer son corps, le décapiter, couper les trois doigts de la main gauche servant encore à consacrer et éliminer définitivement le cadavre. Cette version est historiquement contestée.

Il faut aussi rappeler qu’entre 896 et 904, les papes se succédèrent dans une lutte acharnée entre partisans de Formose et partisans des Spolétains. C’était une véritable guerre des clans entre les Carolingiens en perte d’influence et la puissante aristocratie romaine voulant imposer le pape et l’empereur. Les considérations religieuses étaient assez faibles face aux considérations politiques. Ainsi, Serge III avait échoué d’être pape en janvier 898 face à Jean IX qui réhabilita Formose à la suite de Théodore II.

Élu pape le 29 janvier 904, Serge III fut considéré comme auteur de plusieurs assassinats et fit commencer une période très trouble des pontificats qu’on appela "pornocratie" car deux femmes, Theodora et sa fille Marozia, ont pu influencer de manière durable les affaires romaines. Serge III fut ainsi le père d’un futur pape, Jean XI, qu’il a eu avec Marozia qui elle-même a "imposé" douze papes de 904 à 963 sur quatre générations. Les actes de Serge III furent plus tard annulés par l’Église.

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04/09/2017

Reconnaître le Christ dans son humilité et descendre à sa suite

« Mon âme se trouble en moi », ô Dieu, au souvenir de mes péchés ; « alors je me souviens de toi, depuis le pays du Jourdain » (Ps 41,7) — c'est-à-dire en me rappelant comment tu as purifié Naaman le lépreux dans son humble descente... « Il descendit et se lava sept fois dans le Jourdain, comme l'avait prescrit l'homme de Dieu, et il fut purifié » (2R 5,14). Descends toi aussi, ô mon âme, descends du char de l'orgueil dans les eaux salutaires du Jourdain, qui, de la source de la maison de David, coule maintenant sur le monde entier « pour laver tout péché et toute souillure » (Za 13,1). Assurément, cette source c'est l'humilité de la pénitence, qui coule à la fois grâce à un don du Christ et grâce à son exemple, et qui, prêchée désormais sur toute la terre, lave les péchés du monde entier... Notre Jourdain est un fleuve pur ; il sera donc impossible aux superbes de t'accuser, si tu te plonges entièrement en lui, si tu t'ensevelis, pour ainsi dire, dans l'humilité du Christ...

Bien sûr, notre baptême est unique, mais une telle humilité rebaptise. Elle ne réitère pas la mort du Christ en effet, mais elle accomplit la mortification et la sépulture du péché, et ce qui a été célébré sacramentellement au baptême trouve sous cette nouvelle forme son plein achèvement. Oui, une telle humilité ouvre les cieux, et rend l'esprit d'adoption ; le Père reconnaît son fils, reformé dans l'innocence et la pureté d'un enfant régénéré. C'est pourquoi l'Écriture mentionne à juste titre que la chair de Naaman a été rétablie comme celle d'un enfant nouveau-né... Nous qui avons perdu la grâce de notre premier baptême...voici que nous avons découvert le vrai Jourdain, c'est-à-dire la descente de l'humilité... À nous seulement de ne pas craindre de descendre plus profondément chaque jour... avec le Christ.

Bienheureux Guerric d'Igny (v. 1080-1157), abbé cistercien
4ème sermon pour l'Epiphanie (trad. SC 166, p. 299s)

 

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22/06/2017

« Quand vous priez,»

« Quand vous priez, dites :

'Notre Père qui es aux cieux. » Ô mon Seigneur, comme il se voit bien que tu es le Père d'un tel Fils, et comme ton Fils manifeste bien qu'il est le Fils d'un tel Père ! Sois-en béni à jamais ! Cette phrase n'aurait-elle pas été une aussi grande faveur, Seigneur, si tu l'avais placée à la fin de cette prière ? Or, c'est dès le début que ta libéralité éclate par le don d'un tel bienfait. Notre esprit devrait en être tellement rempli, et notre volonté tellement pénétrée, qu'il nous soit impossible de proférer une parole. Ô mes filles, que ce serait bien ici le lieu de vous parler de la contemplation parfaite ! Comme il serait juste que l'âme rentre au-dedans d'elle-même pour s'élever au-dessus d'elle-même et apprendre du Fils béni où est ce lieu où, selon sa parole, se trouve son Père qui est dans les cieux ! ... 


      Ô Fils de Dieu, doux maître ! Dès cette première parole..., tu t'humilies au point d'unir tes demandes aux nôtres... Ne veux-tu pas que ton Père nous regarde comme ses enfants ? ... Dès lors qu'il est notre Père, il doit nous supporter, malgré la gravité de nos offenses. Il doit nous pardonner lorsque nous revenons à lui comme l'enfant prodigue. Il doit nous consoler dans nos épreuves. Il doit nous nourrir, comme il convient à un tel Père, car il est forcément meilleur que tous les pères qui sont ici-bas, puisqu'il possède nécessairement toute perfection ; et, en plus de tout cela, il doit nous rendre participants et cohéritiers de ses richesses avec toi...

      Ô mon Jésus, je vois bien que tu as parlé comme un Fils chéri et pour toi et pour nous... Et vous, mes filles, n'est-il donc pas juste maintenant qu'en prononçant du bout des lèvres cette parole : « Notre Père », vous y apportiez toute votre attention pour la comprendre, et que votre cœur se brise de voir un si grand amour ?

Sainte Thérèse d'Avila (1515-1582), carmélite, docteur de l'Église

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25/11/2016

L'approche du règne de Dieu

1. L’Évangile de la parabole du figuier est précédé, dans le texte de saint Luc, d’un récit apocalyptique : après ses appels à la conversion, son annonce du royaume de Dieu et ses signes confirmant son autorité divine, il n’y a plus rien à attendre. L’histoire touche à son accomplissement, son achèvement qui n’est pas d’ordre chronologique, car les années continuent à passer, le figuier continue à bourgeonner, mais il est d’ordre existentiel : notre existence a été rachetée par Jésus aux griffes de la mort et du péché et rendue à l’harmonie surnaturelle, qui se rétablit à la mesure de notre conversion.
Le figuier symbolise notre vie et notre histoire en ce monde : nous devons en permanence être prêts au dernier passage. Jésus explique que, même sous les échecs, Dieu triomphe et est maître de l’histoire. Il aura toujours le dernier mot : Jésus. Cela nous invite à l’espérance.

2. De fait, dans la parabole du figuier, Jésus nous donne de comprendre que même nous, nous avons la capacité de discerner les signes des temps : nous savons que l’été arrive dès que les bourgeons apparaissent. En nous conviant à l’espérance, le Seigneur nous donne la clef pour reconnaître parmi les signes, ceux qui annoncent sa venue. La clef, c’est la prière. Cette prière instante, accompagnée d’un amour oblatif, nous unit à Jésus et nous garde debout dans la tempête. Nous tiendrons par la foi, nous vivons déjà en Jésus par la foi. Ceci nous demande la persévérance, la confiance, mais surtout la force de résister à l’esprit du monde. Prions l’Esprit Saint de nous guider, de nous rendre prière.

3. Cette génération ne passera pas. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront pas. La venue du Fils de l’homme, précisons-le, ne se réalisera pas d’abord dans le siècle qui passe, dans le temps (le ciel qui marque les années) et dans l’espace (la terre habitable), mais dans une génération qui ne passe pas, dans la mesure où elle accueille la divine parole : l’assemblée de l’Église. Appelée par le Seigneur de toutes les parties de la terre et de tous les temps, l’Église sur terre est une anticipation de l’Église bienheureuse du ciel et vit en pleine communion avec elle, ainsi qu’avec l’Église qui se purifie.
La venue du Fils de l’homme est tendue entre le « déjà », le printemps de la divine parole qui résonne dans les cœurs à travers les siècles, et le « pas encore », le dernier été de l’histoire qui précède immédiatement le jugement dernier. Pourvu que nous soyons tendus d’amour vers notre Sauveur.

Dialogue avec le Christ
Jésus-Christ, Roi de l’univers, aide-moi à voir le printemps de ta venue. Je veux t’accueillir dans la louange et l’action de grâce, faisant mémoire des innombrables dons de Dieu le Père. Tu es l’achèvement de l’histoire et tu nous montres le chemin vers le Père. Nous t’honorons dans l’Église, ton corps, dont tu es la tête, le chef. Donne-nous d’y voir, à travers les opacités humaines de ce monde, la gloire du Père.

Résolution
Je rendrai grâce à Dieu et louerai le Seigneur Jésus dans l’Esprit, au moment d’aborder une lourde tâche aujourd’hui.

Père Jaroslav de Lobkowicz, LC _ Catholique.org

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