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11/07/2013

Saint Benoît

« Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre : alors qu’est-ce qu’il y aura pour nous ? » Il semble y avoir une pointe d’inquiétude dans le constat et la question de Pierre. Sur l’horizon des paroles que Jésus vient de prononcer - « Il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume des cieux » (Mt 19,24) - la pauvreté radicale semble s’imposer. Mais cette condition nécessaire est-elle suffisante ? Voilà sans doute la question à laquelle Pierre voudrait avoir une réponse.
Sa demande est quelque peu maladroite car elle semble rester au niveau de l’avoir, c’est-à-dire de la compensation pour les biens auxquels lui et ses compagnons ont renoncé. Mais il n’est pas sûr que cette interprétation « intéressée » corresponde à l’intention de Pierre. « Profondément déconcertés » devant les exigences de leur Maître, les disciples viennent de lui demander : « “Qui donc peut être sauvé ?” Jésus les regarda et dit : “Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible” » (Mt 19,25-26). Le contexte de l’échange est donc explicitement sotériologique - et pas simplement mercantile. Pierre demande en substance : « Quel sort Dieu nous réserve-t-il à nous ? »
La réponse de Jésus est solennelle : « Amen, je vous le dis ». Notre-Seigneur commence par confirmer le caractère eschatologique de la rétribution : « Quand viendra le monde nouveau » c’est-à-dire le Royaume de Dieu. Il apparaîtra ce jour-là aux yeux de tous que ce Jésus, qui « n’a pas ici-bas d’endroit où reposer sa tête » (Mt 8,20), est en réalité le Roi de gloire, le Juge de la fin des temps qui dévoilera les pensées cachées des cœurs et rendra à chacun ce qui lui est dû, en fonction de son comportement et de ses intentions.
Nous imaginons sans peine la surprise des Apôtres qui s’entendent assigner des places de choix aux côtés de leur Maître. Pensez donc : ces humbles pêcheurs du lac de Galilée siégeant sur des trônes de gloire, c’est-à-dire participant au pouvoir du Roi et Juge universel ! Il est clair qu’il n’y a aucune commune mesure entre ce qu’ils ont quitté et ce qui leur est promis : ce n’est pas leur pauvreté actuelle qui leur « vaut » de tels postes au tribunal eschatologique ; mais le renoncement auquel ils consentent aujourd’hui pour pouvoir suivre le Christ, les prépare à la mission qu’il leur confiera demain. On exige en effet d’un juge qu’il soit intègre : les apôtres ne sauront évaluer équitablement l’attachement aux biens de la terre de ceux qu’ils auront à juger, que dans la mesure où eux-mêmes seront libérés de cet asservissement subtil, voire de cette idolâtrie cachée.
Dieu ne veut rien nous arracher de ses dons : « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ, et Christ est à Dieu » (1 Co 3, 23). Et encore : « Les appels et les dons de Dieu son irrévocables » (Rm 11,29). Mais précisément : les « dons » sont et doivent demeurer un « appel », une invitation à reconnaître la bonté de celui qui nous comble avec largesse. « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » (1 Co 4, 7). Le renoncement au nom de Jésus, à « des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre » n’implique pas pour tous de s’en défaire, de les abandonner ; mais de s’en délier, de s’en détacher, ou encore de les « quitter » en temps que terre d’aliénation. Tous ces dons de Dieu peuvent en effet devenir une terre d’aliénation dans la mesure où nous ne les recevons plus de lui et où ils ne nous conduisent plus à lui. Mais pour celui qui se place résolument dans la logique de l’amour, c’est-à-dire dans la logique du don et de l’accueil reconnaissant, Dieu ouvre les écluses de sa libéralité : « il recevra beaucoup plus, et il aura en héritage la vie éternelle ».
C’est précisément pour rappeler à tout chrétien l’exigence de sauvegarder précieusement la liberté que Jésus nous a acquise par son Sang, que des hommes et des femmes suivent Notre-Seigneur dans la pauvreté radicale des conseils évangéliques, signifiant par là que notre véritable trésor n’est autre que le Christ Jésus lui-même.

« “Écoute, ô mon fils, les préceptes du Maître, et incline l’oreille de ton cœur. Reçois volontiers l’avertissement d’un père plein de tendresse” : c’est par ces paroles que Saint Benoît commence le Prologue de sa Règle. Puissions-nous Seigneur, avec l’aide de ta grâce, les mettre en pratique, et nous détacher résolument de ce qui nous empêche de nous mettre à ta suite. “Courrons pendant que nous avons la lumière de la vie, de peur que les ténèbres de la mort ne nous saisissent ; préparons nos cœurs et nos corps à combattre sous la sainte obéissance des divins commandements. Gardons-nous de fuir la voie du salut dont l’entrée est toujours étroite ; car à mesure que l’on avance dans la bonne vie et dans la foi, le cœur se dilate et l’on se met à courir sur la voir des préceptes de Dieu, avec une ineffable douceur d’amour” (Règle de Saint Benoît, Prologue) ».

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08:11 Écrit par Nicou | Commentaires (0) |  Facebook | |

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