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15/02/2013

"Abandonner tout, et suivre Jésus"

Mercredi nous nous sommes mis en route en réponse à l’appel du Seigneur : « Revenez à moi de tout votre cœur » (Jl 2, 12). Mais comment faire pour nous arracher à notre inertie ? Et même si nous le pouvions, où nous diriger ? Comment, pauvres aveugles que nous sommes, pourrions-nous retrouver le chemin qui conduit à Dieu ? Comme Lévi, le douanier, nous sommes assis non pas entre deux pays, mais entre deux appartenances.
La mention explicite du nom de Lévi suggère que cet homme compromis avec l’occupant romain, n’a pas oublié ses racines religieuses. Mais sans doute l’appât du gain, la fascination de la richesse ont-ils sur lui une telle emprise qu’il ne parvient pas à accorder son agir à ses convictions profondes. C’est en cela qu’il nous ressemble, et que dès lors son histoire nous intéresse. Il n’y a pas que nous d’ailleurs : saint Paul lui-même n’écrivait-il pas aux chrétiens de Rome : « Ce qui est à ma portée, c’est d’avoir envie de faire le bien, mais pas de l’accomplir. Je ne réalise pas le bien que je voudrais, mais je fais le mal que je ne voudrais pas » (Rm 7, 18-19). L’apôtre témoigne humblement de ce combat intérieur auquel tout homme est livré depuis que par le péché du premier Adam, la chair s’est rebellée contre l’esprit : « il y a là un affrontement qui nous empêche de faire ce que nous voudrions » (Ga 5, 17). Aussi nous retrouvons-nous comme Lévi, rivés à nos aliénations, incapables de nous arracher à l’emprise du vieil homme, qui résiste de toutes ses forces au travail de la grâce.
Avouons que nous éprouvons une pointe de jalousie envers ce publicain : s’il s’est levé et s’il est devenu l’apôtre Matthieu, n’est-ce pas parce que Jésus est passé par là et l’a appelé à sa suite ? Bien sûr, la Parole de l’Evangile « suis-moi » retentit pour chacun de nous et nous rejoint dans l’aujourd’hui de sa proclamation ; mais pour les esprits incarnés que nous sommes, une rencontre « en chair et en os » a quand même plus de « poids » qu’une évocation liturgique.
Il me semble cependant que la première lecture nous apporte un élément de réponse. Le Seigneur nous promet par la voix de son prophète, que si nous adoptons le comportement qu’il propose, « il sera toujours notre guide » ; c’est-à-dire qu’il nous conduira lui-même sur le chemin qui nous ramène vers lui. Or ce chemin de conversion, de retour à Dieu, passe par un effort d’attention - de conversion - à nos proches en difficulté : « Si tu donnes de bon cœur à celui qui a faim, et si tu combles les désirs du malheureux, le Seigneur sera toujours ton guide ; sa lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera comme la lumière de midi ».
La leçon est claire : cette proximité du Seigneur que nous envions à Lévi, nous est offerte à nous aussi, avec le même réalisme concret, dans la personne de nos frères démunis - matériellement, psychiquement ou spirituellement. Lévi l’avait pressenti lorsqu’avec une audace inouïe, il « offre un grand festin dans sa maison », auquel il convie « une grande foule de publicains et d’autres gens » que « les pharisiens et les scribes » désignent comme étant des « pécheurs ».
Ce n’est pas en nous repliant sur notre intériorité vide que nous « reviendrons » au Seigneur, mais c’est en « faisant disparaître le geste de menace, la parole malfaisante », en remplissant la main qui nous est tendue, que nous serons comblés « en plein désert par le Seigneur ». C’est en partageant la charité que nous mendions nous-mêmes auprès de Dieu, que nous en serons comblés et que nous deviendrons « un jardin bien irrigué, une source où les eaux ne manquent jamais ».
Soyons en sûrs : dans la mesure même où nous acceptons de nous ouvrir à l’appel de ceux qui attendent notre aide, et où nous consentons à nous lever pour les servir, nous aussi nous ferons, comme Lévi, l’expérience libératrice du passage de Jésus dans nos vies ; et nous pourrons entrer dans la fête du « médecin » de nos âmes.

« Seigneur donne-moi, à l’image de Lévi, de savoir me lever et de pouvoir tout quitter pour te suivre ; de savoir sortir de ce qui m’enferme en moi-même, me dégager de ce qui m’englue dans mon égoïsme, afin de connaitre la joie et la liberté du disciple. “Toi qui est bon et qui pardonnes, plein d’amour pour tous ceux qui t’appellent, écoute ma prière, Seigneur, entends ma voix qui te supplie” (Ps 85), car tu es le Dieu qui me sauve, maintenant et à jamais. »

Père Joseph-Marie - Famille de Saint Joseph

23:57 Écrit par Nicou | Commentaires (0) |  Facebook | |

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