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13/12/2012

"Que puis-je Seigneur, sans Toi"

Le Seigneur se fait suppliant ; par la voix du prophète Isaïe, il déverse la plainte de son cœur de Père : « Ah si vous aviez écouté mes enseignements, si vous vous étiez attachés à mes commandements, vous marcheriez sur des chemins de justice et de paix durables. Vous seriez “comme un arbre planté près d’un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, tout ce que vous entreprendriez réussirait” (Ps 1). Hélas vous n’avez pas écouté ma voix : refusant de vous laisser guider, et méprisant mes conseils, vous avez préféré décider vous-mêmes de la voie à suivre, n’écoutant que la malice de vos cœurs enténébrés par le péché. Vous vous êtes fourvoyés dans vos pensées tortueuses, vous entraînant les uns les autres sur des chemins de perdition ».

Non seulement nous sommes rebelles et refusons d’écouter notre Dieu, mais nous prétendons même lui dicter le comportement qu’il devrait adopter. C’est bien ce que Jésus dénonce à travers la parabole des jeux d’enfants. Le jeu consiste pour un des groupes à mimer par la danse ou les pleurs, la tonalité de la musique entonnée par l’autre. Celui qui ne reconnaît pas la mélodie ou se trompe d’attitude, est exclu. A travers cet exemple, Jésus reproche à ses auditeurs de ne plus laisser d’espace à l’imprévu de Dieu, de ne plus être ouverts aux initiatives toujours déconcertantes par lesquelles le Seigneur conduit l’histoire sur des chemins qui ne sont pas les nôtres. Au lieu de se laisser interpeller par la parole prophétique du Baptiste les appelant à la conversion, les contemporains de Jean-Baptiste se sont fermé les oreilles en prétextant qu’il était possédé ; au lieu de se laisser toucher par la miséricorde de Jésus qui mange à la table des exclus, ils l’accusent de complicité avec « les publicains et les pécheurs ». Par leur attitude, les scribes et pharisiens trahissent qu’ils se sont érigés eux-mêmes en norme ultime de comportement. Prétendant posséder la clé d’interprétation des Ecritures et parler en leur nom, ils se posent en maîtres de justice, « connaissant le bien et le mal » (Gn 3, 5). Ils n’ont de comptes à rendre à personne, pas même à Dieu dont ils ont orgueilleusement usurpé la place. Notre-Seigneur aurait beau leur donner tous les signes qu’ils réclament : cela n’y changerait rien, car ils sont aveuglés par leur soif de pouvoir.

Sans en arriver à de tels extrêmes, et pour d’autres raisons qu’une quête de pouvoir religieux, cette prétention à régenter notre vie sans Dieu, malgré Dieu, voire contre Dieu s’est immiscée de nos jours jusqu’au cœur des communautés chrétiennes. Influencés par l’idéologie des Lumières et par le laïcisme ambiant, bon nombre de chrétiens considèrent que la morale est affaire privée. Même l’Église n’aurait pas à se mêler de ce qui relève de l’évaluation individuelle du bien et du mal. Les valeurs seraient purement subjectives et relatives : tout discours normatif est jugé moralisateur et considéré comme une ingérence inadmissible dans la sphère de la conscience personnelle. Plus surprenant encore : des chrétiens s’affirmant « catholiques », s’insurgent contre les positions du Magistère en matière morale. Pourtant, selon la doctrine catholique, lorsqu’il se prononce en matière de foi et de mœurs à partir des Écritures, le Magistère jouit de l’assistance de l’Esprit Saint, qui le préserve de toute erreur. Faut-il rappeler que pour nous la Révélation ne se limite pas seulement aux Écritures canoniques, mais inclut la Tradition (interprétation des Écritures par les Pères de l’Église) et le Magistère (actualisation des Écritures tout au long de l’histoire de l’Église). Hélas, combien de chrétiens ne disent-ils pas : « Certes l’Église enseigne que… , mais moi je dis que… et dès lors j’agis selon mon sentiment, indépendamment de ce que l’Église affirme ». Sans même s’en rendre compte, ces chrétiens affirment la supériorité de leur opinion personnelle sur le discernement de l’Église, et donc sur les directives de l’Esprit, puisque celui-ci s’exprime précisément par l’Église. On veut bien de Dieu, aussi longtemps qu’il ne vient pas troubler nos projets ou contredire nos comportements. Sur ce chemin, nous ne tarderons pas à nous construire un dieu à notre mesure, tel que nous le souhaitons, qui nous permet - voire justifie - toutes nos compromissions avec le narcissisme et l’hédonisme ambiants. Qui ne voit qu’en adorant une telle idole, c’est notre volonté propre, notre « moi » tout-puissant que nous exaltons ?

Mais Dieu ne se laisse pas manipuler ; il ne danse pas aux commandements de nos flûtes qui se veulent joyeuses, alors que nous mettons en péril notre vie spirituelle en étouffant la voix de notre conscience et en refusant celle de l’Esprit qui nous interpelle par l’Église. La confusion entre le bien et le mal ne vient jamais de Dieu, mais du démon, qui cherche à nous entraîner loin de la lumière de la vérité. Par contre « la sagesse de Dieu se révèle juste à travers ce qu’elle fait ».

« Seigneur, dans ta Parole méditée en Église, tu “donnes un enseignement salutaire et tu nous guides sur le chemin où nous marchons” (1ère lect.
Isaïe 48,17-19.). Ne permets pas que nous nous égarions au gré des courants de pensée qui prônent l’autonomie absolue de l’homme. Donne-nous assez d’humilité pour reconnaître notre aveuglement et pour recevoir l’aide que tu nous proposes. Plongeant nos racines dans ta Loi, “nous serons comme un arbre planté près d’un ruisseau qui donne du fruit en son temps et dont jamais le feuillage ne meurt” (Ps 1). »

(Père Joseph-Marie – Famille de Saint Joseph)

22:57 Écrit par Nicou | Commentaires (0) |  Facebook | |

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